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Les funérailles

      Tout d’abord, on retrace quelques lignes sur le rituel
funéraire du Vietnam dans le livre intitulé Connaissance du
Vietnam écrit par Pierre Huard et Maurice Durand, Ecole
française d’Extrême-Orient, Hanoi, 1954, p.96 et ensuite,
on décrit des funérailles observés lors d’un décès d’une
personne.
L’extrait d’un texte dans le livre Connaissance du Vietnam,
page…
« Dès le décès constaté, un coupon d’étoffe noué en forme
de mannequin, reçoit l’âme du défunt ? Puis on traduit dans
la bouche du défunt une poignée de riz et trois sapèques.
Le corps lavé, richement habillé et enveloppé dans un
linceul est mis en bière à une heure faste. Le cercueil est
installé sur les deux chevalets, dans la salle centrale de la
maison à proximité d’un autel. Sur le cercueil, on place un
bol de riz et un œuf bouilli. Un bonze est venu assister l’
agonisant. Il officie au moment du décès, au moment du
convoi funèbre et quand le cercueil mis en terre.
[….]
      Les filles et les brus marchent sous le catafalque et le
fils aîné devant lui, à reculons. Les fils du défunt, le corps
courbé, appuyés sur un bâton de bambou dont la partie
supérieure est ronde comme le ciel et la partie inférieure
carrée comme le terre (les femmes avaient des bâtons en
bois de vông (érythrine) atteignant de la hauteur du cœur).
Derrière les fils sont placés les gendres et le reste de la
famille sous un dais de coton blanc cols de trois côtés qui
ferme le cortège. C’et là que se trouvent, à l’exclusion des
hommes, les petites-filles, sœurs, nièces et parents
éloignés. Le vêtement de grand deuil se compose d’une
tunique de chanvre grossier, ou de fibres de bananier sans
couture, ni ourlet, d’une robe et un pantalon de coton blanc
dont les fils, les filles, les brus doivent découdre les ourlets
pour le deuil d’une mère ou d’une belle mère. Les cheveux
sont dénoués et flottent dans le dos ; le front est ceint d’
une couronne de corde grossière pour les hommes ou d’une
sorte de capuchon de coton pour les femmes. Les gendres
portent la couronne de coton, retenue sous le menton par
une corde plus petit.
      La fosse a été creusée d'avance d'après les lois de la
géomancie pour que le sort soit favorable à la famille du
défunt. Dans le passé, ces fosses furent souvent creusées
dans les rizières dont le défunt est propriétaire. Le cercueil
y est descendu et son orientation bénéfique vérifiée au
moyen de la boussole géomagnétique. On apporte ensuite
la tablette funéraire. Un lettré de renom complète par un
ultime coup de pinceau le dernier caractère de l'inscription
et c'est à ce moment précis que l'âme du mort va habiter la
tablette qui sera ramenée à la maison et déposée sur un
autel dressé à côté de celui des ancêtres.
L'exhumation et la transplantation du corps dans une autre
sépulture a lieu trois ou quatre ans plus tard. Elle se fait
dans un cercueil de terre cuite sans couvercle où les
ossements sont recouverts par du papier rouge. C'est dans
ce cercueil que le défunt se repose éternellement. Le
cérémonial est beaucoup plus simple que celui de
l'enterrement initial. »
      Lors d’un séjour à Saigon, j’ai d’occasion d’assister des
funérailles d’une famille que je connais dès mon enfance.
La défunte est la mère de mon amie. C’est une dame de
quatre vingt treize ans. Elle a quatre enfants dont les trois
sont à l’étranger, elle vit avec la famille de son deuxième
fils.
Un beau matin, elle se lève, on lui fait ses toilettes, après
une douche matinale, elle se sent pas bien, elle ne respire
plus, elle est mort paisiblement dans les bras de la femme
de son petit fils qui s’occupe d’elle depuis plusieurs années.
      On l’habille en tunique traditionnelle en fleurs, un
pantalon noir, une écharpe sur sa tête comme elle est
toujours vivante. On met un peu de poudre sur son visage
pâle, un peu de rouge à lèvre. On la met sur le lit, on dirait
qu’elle dort. Là bas, on n’a pas besoin de certificat du décès
par un médecin !
      C’est un dimanche, toute la famille est là, le fils, sa
femme, leurs trois enfants avec leurs cinq petits enfants,
restent la regarder tristement ! Chacun exprime
différemment leur sentiment, leur tristesse, leur douleur ou
leur soulagement?  La défunte reste immobile devant ses
êtres chers. Elle est là physiquement mais elle n’est plus là
spirituellement. Où va- t- elle ? Personne ne le sait ? Les
larmes coulent sur certains visages, certains pleurent en
criant : « Grand-mère. Je t’aime ! » Quelques derniers
mots d’amour envers cette grand-mère dévouée, sacrifiée
sa vie après une longue vie de lutte, lutte  pour nourrir sa
famille, lutte contre ses douleurs physiques dans les
derniers temps. Ensuite, le mari de la défunte, habitant
dans le centre ville, arrive, un homme âgé, habille en noir,
il est sur une chaise roulante.         Quand il la revoit, il est
en chaudes larmes, il la regarde pour la dernière fois, il lui
dit quelques mots pour la remercier de lui donner les
quatre enfants.  Les voisins, quelques amis proches sont
arrivés à leur tour, la saluent en silence. Maintenant, elle
quitte ce monde pour aller vers un autre monde « inconnu
».  Je la vois ses yeux ferment à la moitié. Tout le monde
me dit qu’elle attend ses trois autres enfants qui ne sont
pas encore arrivés ?
      Peu de temps après, on fait toutes les démarches
administrations nécessaires. On téléphone au service de
funérailles. Pour annoncer le décès, maintenant, par le
temps moderne, on envoie les mails. Dans quelques
minutes, ses enfants en France sont au courant le décès.
Les personnels du  service de funérailles sont arrivés, dans
l'après midi, ils ont des uniformes, la casquette bleue, un
pantalon blanc avec les rayures bleues à côtés sur la
longueur du pantalon,  une veste blanche avec les deux
rayures bleues sur chaque manche, les chaussures noires.
Derrière le dos de leur veste, c’est le nom de la maison
funéraire. Ils entourent le corps de la défunte par une
étoffe en forme d’un mannequin, le fils tient la tête de la
mère avec l’aide des agents funéraires, portent le cadavre,
le mettent dans un cercueil. On met tous ses souvenirs
avec elle dans ce cercueil, le chapelet, ses écharpes, ses
photos de ses enfants lointains qu’elle garde
précieusement…comme le fils nous a dit qu'il faut bruler
tous ses objets pour qu’elle ne manque de rien dans un
autre monde ! Ou pour effacer toutes ses traces sur terre ?
Il ne reste plus rien. Rien !
      Les agents laissent la famille, les amis la regarder pour
la dernière fois avant de fermer le couvercle du cercueil
définitivement!. Une seule personne qui exprime ses
sentiments profond, est la petite fille aînée, ses yeux, son
nez deviennent rouges, son visage couvert de larmes, de
temps en temps, on entend les sanglots. Le dernier
moment d’une vie c’est le moment qu’on peut savoir les
vrais sentiments réservés à un être cher qui quitte ce
monde. A l’heure actuelle, on ne pleure pas en criant, en
citant des phrases tristes comme autrefois, on a embauché
des pleureurs pour citer les louanges un peu exagérés pour
les défunts !
      Les quatre piliers portent le cercueil, on a quatre
lampes allumées pendant trois jours de suite. Un cercueil
en bois laqué marron avec les décorations  autour du
couvercle. Le crucifix est fixé sur le devant le cercueil parce
que la défunte est catholique. Sur une petite table couverte
d’une nappe blanche avec les mots « Quand on meurt c’est
le moment où on vit éternellement », cette table posée
devant le cercueil, sur laquelle on met une assiette de
fruits composés, deux bougeoirs avec les deux bougies
allumées. Un verre contient les encens, un grand bol de riz
cru pour qu’on mette les encens allumés. Les voisins, les
amis sont venus avec les couronnes des fleurs composées,
chacun à leur tour saluent la défunte en allumant un
encens. Le portrait avec le nom de la défunte dans un cadre
noir se trouve au milieu les roses blanches posées sur le
cercueil et sur la table. C’est le premier jour.
      Le deuxième jour, le fils aîné, la fille cadette sont
venus de France, une petite fille venue de l’Australie. Ce
jour là, les vêtements de deuil sont confectionnés et
distribués à toute la famille. Les deux fils s’habillent en
tunique et le pantalon blanc; sur la tête un morceau de
tissu blanc qui couvre les cheveux, un cordon en autour de
la tête ce cordon lié par deux cordons servent à faire les
nœuds autour de leur visage. Le petit fils, porte le même
costume mais sur le front, marqué un point rouge.
      Les filles et la belles fille ont les mêmes vêtements de
deuil, une tunique, un pantalon blanc, les filles portent sur
la tête un capuchon blanc, la belle fille un bandeau blanc.
Les petits enfants, non pas de costume, juste un bandeau
sur la tête. Une seule distinction, c’est que les petits
enfants, les arrières petits enfants paternels, portent les
bandeaux avec les points rouges, le bleu pour les petits
enfants maternels.
      Un prête est invité pour faire la nécessité pour
accompagner la défunte vers le chemin de Dieu? Un groupe
des fidèles sont à côté du prêtre pour citer les prières. Les
prières se résonnent dans la maison, tous les membres de
la famille en deuil sont là, en silence.
Les couronnes offertes par des amis, des parents, des
voisins…sont remplies dans la maison jusqu’à la petite
ruelle. Pendant les trois jours, la famille les reçoit en
invitant à boire et à manger.
      Le troisième jour, selon l’heure faste choisie, on doit
quitter la maison à telle heure pour arriver à telle heure
pour la crémation. Pendant ce temps là, une autre fille
venue de France le matin. Comme elle n’a pas de bagage et
avec la raison de l’enterrement, elle peut sortir de
l'aéroport aussitôt. Sa fille et sa nièce attendent déjà là, on
demande le taxi roule à toute vitesse pour arriver à l’
heure. Tout le monde attend, sa mère défunte attend : « Je
suis là, mère », elle vient tout juste pour toucher le portrait
de sa mère aimée en pleurant à chaude larmes ! Un encens
allumé, un petit mot d’au revoir. Son visage crispé, les
yeux remplis de larmes, la fille est soutenue par son frère
et son neveu.
      On prépare à partir, six hommes en costumes blancs
portent le cercueil qui posé sur les deux bâtons longues,
trois devant, trois derrière, dirigés par une personne
responsable en costume noir. Ils portent les drapeaux blanc
et violet avec la croix blanche au milieu  de ces drapeaux.
Le petit fils portent le bol de l’encens, le fils aîné, le portrait
de la mère, les deux fils et le petit fils marchent devant le
cercueil, le bâton à la main, les autres membres de la
famille, les amis, les parents marchent lentement derrière
le cercueil jusqu’à la voiture.
      Le crématorium se trouve en province, trente
kilomètre de Saïgon. Quand le cortège arrive, un brancard
va jusqu’à la voiture pour que le cercueil pose au-dessus, le
brancard avec les roulettes, on pousse le cercueil
directement à l’intérieur et le posé sur une plaque du  
crématorium. Ici, pour la dernière fois, les prières sont
citées par le groupe de choral d’église comme pur dire « au
revoir » et ensuite, on retire tous les costumes de deuil, on
les pose sur le cercueil. Tout le monde allume encore la
dernière fois les encens en pleurant car c’est le dernier
moment douloureux, on quitte définitivement cette
personne qui laisse derrière elle tant de souvenirs gravés
dans le cœur de chaque personne!
La responsable de la cérémonie invite la famille, les amis
s'expriment les derniers mots à la défunte. Son mari dit
quelques mots de remerciements, les enfants, certaine qui
ne peuvent pas terminer ses phares. La fille ne peut pas
lire son poème qu’elle a écrit pour sa mère. Les amis
chacun disent quelques mots pour au revoir. C'est un
moment difficile et douloureux. La disparition d'un proche
est perçue comme un déchirement. Mais, le dernier
moment doit arriver. La plaque descend en emportant cet
être cher. Une grande séparation, un adieu, où va-t-elle,
cette mère? Une grande question !
      C’est une cérémonie funéraire simplifiée que j’ai
observée. Le temps change, la mode de vie change. Les
cérémonies ne se déroulent pas à la même manière, en
ville ou en province, chez les catholiques pratiquants, non
pratiquants, chez les bouddhistes, chez les non religion,
chez les riches, moins riches, chaque famille simplifie ou
applique exactement comme le rituel ancien. Quoi que ce
soit, l’enterrement ou la crémation, c’est toujours le
moment de la tristesse par cette séparation !